Works of art by
Sara Abou Chabaké

Sous le soleil brûlant (Under the burning sun)
A poem (un slam scientifique)
Sara Abou Chabaké 2026
This poem was presented in June 2026 at the Conférence francophone internationale des violences sexuelles (CIFAS 2026), held in Montreal.
See a 3-minute video of the presentation here (soon).
Sara presented the results of one of her thesis studies - a meta-analysis on the efficacy of psychosocial interventions for people living with psychotic and post-traumatic stress symptoms - in the form of a storytelling fictional narrative inspired by one of the first clinical cases she encountered during her first internship in Lebanon a few years ago.
Sara’s presentation won the People's Choice Award before an audience of 600 attendees.
Sous le soleil brûlant
Sous le soleil brûlant de la Méditerranée,
Une femme est couchée sur le sol.
Pas sur le sable, pas pour bronzer,
Mais sur le béton d'un trottoir, dans une ville bondée.
Des voix lui parlent…mais pas l'ombre d'un visage.
Près d'elle, elle ne voit personne.
Hallucine-t-elle, ou est-ce le mirage ?
Des heures passent.
Un groupe s'approche, l'aborde, voit le sang, la blessure, le corps.
Son discours part en fumée, en lambeaux, désorganisé.
Elle se réveille plus tard dans une association, bien entourée.
Je la rencontre.
Je vois une adolescente,
Portant ses souvenirs comme des braises.
« J'ai été battue et violée », me souffle-t-elle.
« Des voix m'insultent », crie-t-elle.
« Les voix m'ont dit qu'ils reviendraient », enchaîne-t-elle.
Un viol. Une psychose.
Et moi, devant elle, les mains vides.
Alors je me penche vers la littérature pour me ressourcer,
Comprendre comment intervenir pour aider.
Parler de ce qui s'est passé ? Se remémorer ?
Mais en ravivant la mémoire, est-ce que j'apaise,
Ou est-ce que je souffle sur les braises ?
Avec rigueur, j'ai cherché, organisé, quantifié,
Calculé une taille d'effet pour me guider,
Mené une recension pour m'assurer.
J'ai lu quarante-quatre études, une centaine d’histoires,
Et dans chacune, les soignants avaient tenté d'éteindre.
Pas avec de l’eau. Avec des mots.
Faire dire la brûlure pour qu'elle cesse de brûler.
Et ces intervenants, eux, avaient chacun leur méthode:
Revoir le souvenir, encore, et encore, jusqu'à ce qu'il s'épuise,
L'affronter en pleine face pour qu'il perde de sa force,
Le démonter pièce par pièce pour le reconstruire autrement,
Ou l'écrire, simplement, pour le mettre sur papier.
Et les chiffres ont parlé, à leur manière, froide et carrée:
Les voix baissent d'un ton.
Un peu, pas assez, mais elles baissent.
Et le trauma, lui, s’atténue.
Quand on ose nommer ce qui a brûlé,
La braise, lentement, redevient cendre.
Et dans son passage, le reste s'apaise :
L'angoisse desserre son poing,
Le chagrin pèse moins lourd,
Et le sommeil, peu à peu, commence à revenir.
Et ça, les chiffres le révèlent :
Assez pour que je n'aie plus tout à fait les mains vides.
Alors je repense à l'adolescente, sous son soleil,
Et je voudrais lui dire ce que la rigueur m'a appris :
Que parler n'éteint pas tout, mais que le feu peut baisser.
Que la cendre, ce n'est pas l'oubli…mais c'est déjà respirer.
Et qu’un jour, peut-être,
Le béton sous son corps ne sera plus qu'un trottoir, sous un
soleil ordinaire.
